L’immense succès rencontré par Rogue Nation conduit Tom Cruise à renouveler sa confiance en Christopher McQuarrie, interrompant ainsi le régime auquel le producteur-vedette soumettait la saga Mission: Impossible depuis ses débuts – à chaque film, un nouveau réalisateur. McQuarrie entreprend alors de donner à cette sixième aventure une autre direction, l’écartant de l’atmosphère désinvolte caractéristique des trois précédents volets pour l’engager sur la voie du psychodrame sur laquelle l’a précédé son increvable concurrent du MI6.

Entièrement remaniée, l’équipe technique œuvre pour l’occasion à l’édification d’une esthétique sépulcrale, véhicule aux tourments intérieurs d’un héros dépeint non plus seulement comme une inoxydable machine à sauver le monde, mais aussi comme un homme trop longtemps éloigné de chez lui (le parallèle avec Ulysse et L’Odyssée d’Homer tombe dès lors sous le sens) tourmenté par des rêves eschatologiques, produit d’un passé avec lequel il n’a pas définitivement soldé ses comptes. La grisaille gagne alors la ville lumière au cœur de laquelle se déroule la majeure partie du récit, sa folle cinégénie se parant du souvenir traumatique des récents attentats qui in fine rejaillit sur la conscience d’Ethan Hunt. L’ambition de McQuarrie et Cruise de proposer un divertissement plus mature – et risquer de mettre en péril la popularité renaissante de la saga – est à ce point manifeste qu’elle prive Fallout de second degré. Les (trop) rares traits d’humour piteusement esquissés par Benji (Simon Pegg, totalement éteint) ne parviennent d’ailleurs à désamorcer cette austérité ambiante.

Néanmoins, derrière cette apparente modernité, les apôtres de la fin du monde, les infernales poursuites et les machiavéliques mises en scène en trompe l’œil répondent toujours présent à l’appel. Quant aux prouesses athlétiques de Tom Cruise, un label de qualité autant qu’un solide outil promotionnel, elles atteignent ici de nouveaux sommets. En voiture, en moto, en hélico ou en chute libre, sur les reliefs alpins du Cachemire ou sur les toits de Londres, aucune frontière ne lui résiste. L’intrépide acteur, qui trouve en l’imposant Henry Cavill son symétrique opposé, enchaîne les acrobaties dans un épuisant empilement de scènes d’action toutes plus dingues les unes que les autres mais dont la bande sonore massive composée par Lorne Balfe, disciple de Hans Zimmer, en parasite ponctuellement la réception – en témoigne la deuxième poursuite motorisée à Paris qui, soulagée de l’épais accompagnement musical qui minait la précédente, se révèle autrement plus excitante.

De cet éréthisme et cette sinistrose frappant ce Fallout, que reste t-il donc de ce second passage de Christopher McQuarrie dans la saga Mission: Impossible ? Indéniablement son sens consommé du spectacle, le panache de sa réalisation, ainsi que la précision de sa plume dont la souplesse trahit cependant l’absence d’un regard d’auteur.

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8 commentaires sur « [Film] Mission: Impossible Fallout »

  1. Dans un été clairement mou en terme de blockbusters américains (même s’il reste The meg et peut-être Alpha), Fallout apparaît comme une délivrance. C’est bien filmé, les scènes d’action sont bonnes, entraînantes où tu vois plus la casse et les bagnoles ou motos qui font du bruit que le cockpit. On n’est pas dans les derniers Fast and furious avec Baboulinet qui roule avec des flammes numériques pourries. On arrive peut-être à la fin d’un cycle, mais c’est un film d’action réjouissant, avec une intrigue intéressante et qui tient en haleine.

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    1. McQuarrie a tiré un peu beaucoup sur la corde à mon goût. Épuisant d’action et de sérieux. Et 2h28, c’est finalement long pour le peu qu’il raconte. Mais cela reste très bien fichu.
      Par contre, Alpha, sa bande annonce, vitrine aux bons sentiments, m’a laissé de marbre.

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      1. Perso je l’ai trouvé aussi fun et jouissif que les deux précédents. Peut-être mon amour pour la bourrinade (oui j’invente des mots) et le travail bien fait. Je prends plus mon pied là qu’avec un John Wick. 😀
        Ah attention j’ai juste cité Alpha parce que je crois que c’est le dernier gros blockbuster de la saison américaine. Pas convaincu du tout par la bande-annonce moi aussi, le premier week end est clairement pas bon, mais visiblement les critiques us sont curieusement positives. Ce qui étrangement titille ma curiosité.

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  2. Difficile de montrer une patte d’auteur quand on est le nègre de Tom Cruise depuis tant d’années. Ceci dit, McQuarrie n’est pas manchot, et parvient à tenir la franchise en bonne forme. Hunt réussira-t-il à passer le flambeau un jour ? Voilà la question qui pourrait nous tenir encore un peu plus en haleine dans les prochains épisodes.

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      1. Faut voir. Je le crois assez intelligent pour trouver les sujets qui permettront de prendre en compte le vieillissement de son personnage de cinéma. Un peu à la manière d’Eastwood. La suite de Top Gun pourrait être un marqueur intéressant.

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